Le rapport, qui vient d’être publié sur la morbidité et qui succède une étude de contexte local publiée en mai 2019, puis une étude de mortalité en novembre 2021, apporte des conclusions rassurantes.
Pour la grande majorité des indicateurs suivis, qu’il s’agisse des naissances, des maladies de la thyroïde ou du diabète, les chiffres du bassin de Lacq sont tout à fait comparables à ceux de la Nouvelle-Aquitaine.
99 communes analysées
L’étude ne s’est pas contentée d’une approche circulaire autour des usines. Les chercheurs ont analysé 99 communes, réparties en trois zones (A, B et C) selon un gradient d’exposition décroissant. Soit un grand périmètre de plus de 105 000 habitants, qui va d’Orthez à Lasseube, divisé en trois couronnes, la zone dite A englobant la douzaine de communes les plus proches du complexe industriel. Ce zonage repose sur des modélisations de dispersion atmosphérique des polluants, intégrant les évents et le relief, plutôt que sur une simple distance kilométrique.
Les experts ont scruté un large éventail de pathologies : asthme, maladies cardio-vasculaires, diabète, troubles thyroïdiens, santé périnatale et troubles de la sphère autistique (TSA). Les données ont été extraites du Système national des données de santé (SNDS), incluant les hospitalisations et remboursements de soins sur une période de 14 ans (2010-2023).
Morbidité inférieure
Le constat principal du rapport est sans ambiguïté : « aucun excès de morbidité significatif » n’a été observé dans la zone la plus exposée (zone A) pour l’ensemble des indicateurs étudiés. Mais le plus surprenant est que l’étude révèle des taux de morbidité inférieurs à la moyenne régionaes pour certaines maladies cardiaques ou respiratoires dans les communes proches des usines.
Pour les maladies respiratoires, une sous-prévalence d’environ 20 % pour l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) dans la zone A. Pathologies cardio-vasculaires : des taux inférieurs de 25 % pour les cardiopathies ischémiques et de 10 % pour l’hypertension artérielle traitée. Et pour les troubles de la sphère autistique, un écart notable de près de 80 % par rapport à la moyenne régionale.
Reste que si ces chiffres peuvent apaiser certaines craintes, Santé publique France souligne les limites inhérentes à ce type de travaux. Il s’agit d’une étude « écologique », c’est-à-dire qu’elle analyse des données agrégées à l’échelle d’une commune et non des parcours de vie individuels. Elle ne permet pas d’établir de lien de causalité directe et ne prend pas en compte des facteurs personnels cruciaux comme le tabagisme, l’alimentation ou les expositions professionnelles passées.
De plus, les « sous-morbidités » observées pourraient refléter des disparités locales dans le recours aux soins ou les pratiques de prescription médicale plutôt qu’une protection réelle offerte par l’environnement industriel.
Une étude participative
Ce rapport n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste. Santé publique France mène parallèlement une « étude participative de santé » auprès d’un échantillon de 2 000 résidents. Contrairement à l’étude de morbidité, celle-ci repose sur des questionnaires individuels. Elle permettra de recueillir des informations sur les symptômes ressentis au quotidien (gènes olfactifs, irritations) et sur la qualité de vie, des éléments qui n’apparaissent pas toujours dans les statistiques hospitalières.
Rappelons enfin que le territoire industriel de Lacq, qui agrège en ce moment les projets d’investissement, est engagé dans un vaste plan, soutenu par l’Ademe et baptisé Zibac, qui vise à accélérer sa transformation écologique.

