En Côte d’Ivoire, pour de nombreuses veuves, le deuil s’accompagne d’une chute brutale dans la précarité : perte de revenus, conflits familiaux, parfois spoliation de biens. À Abidjan, certaines tentent de se reconstruire grâce au soutien d’organisations locales. Immersion dans le quotidien de ces femmes qui refusent de sombrer.
De notre correspondant à Abidjan,
Assise au bord d’une grande voie à Abobo, dans la capitale de Côte d’Ivoiresous un soleil de plomb, Djénéba aligne soigneusement ses sachets d’eau dans un bassin vert. Veuve depuis cinq ans, elle s’est lancée dans ce petit commerce après le décès brutal de son mari. Une activité de survie pour nourrir et scolariser ses enfants. Mais les revenus restent insuffisants.
« C’est difficile, car mon mari était très proche de ses enfants et s’occupait bien d’eux. Nous ne manquions de rien. Il faisait tout pour ses enfants. Les parents de mon défunt mari s’occupent de nous parfois. Ils ont scolarisé certains enfants. Les plus petits, eux, sont sous ma charge. S’ils tombent malades, je prends l’argent que les personnes de bonne volonté me donnent pour les soigner », explique-t-elle.
« La femme s’occupe de tout, ce n’est pas facile »
Comme Djénéba, de nombreuses femmes se retrouvent du jour au lendemain sans ressources. Certaines n’ont jamais exercé d’activité rémunérée avant la disparition de leur époux. C’est le cas de Fatoumata. Dans son petit atelier de couture, une machine adossée au mur, des tissus soigneusement empilés, elle tente de reconstruire sa vie. Mère de quatre enfants, elle a appris à coudre après la mort de son mari, contrainte de devenir l’unique pilier du foyer.
« Tout à basculé d’un coup. Je fais tout moi-même. Les parents de mon mari s’occupent ni de moi, ni des enfants. C’est difficile. Parfois, il n’y a des clients, parfois, il n’y en a pas, mais tu dois quand même payer ta maison, ton eau, ta nourriture… Tu dois tout payer. La femme s’occupe de tout et ce n’est pas facile », témoigne-t-elle. Malgré les difficultés, Fatoumata refuse de baisser les soutiens-gorge. Son ambition : offrir un avenir meilleur à ses enfants. « Tu veux que tes enfants réussissent, qu’ils partent à l’école. Tu vas te battre. Faut pas toujours attendre de l’aide extérieure », philosophe-t-elle.
L’État appelé à « garantir » un avenir sécurisé aux enfants
Face à cette précarité, des initiatives locales tentent d’apporter des réponses concrètes. C’est le cas de l’ONG Firya, fondée en 2013. L’organisation accompagne aujourd’hui près d’une centaine de veuves, grâce aux cotisations de ses membres et aux dons. L’objectif est d’agir en priorité sur les besoins essentiels, explique son président, Al Housseyne Salia Bamba : « Lorsqu’on accueille une femme avec deux de ses derniers enfants, on s’assure que l’enfant va à l’école, que sa scolarité est payée, que les fournitures scolaires sont payées. C’est primordial. Quand il y a besoin de nourriture, on en donne. Lors d’un problème de santé, elle nous envoie l’ordonnance, sur achète. »
Pour le docteur Roland Bini Koffi, spécialiste des questions familiales, cette précarité trouve ses racines dans une dépendance, souvent financière, vis-à-vis du conjoint disparu. Selon lui, l’autonomie financière des femmes reste centrale. Mais aussi la reconnaissance du statut de veuve et la protection des enfants. « Qu’elle ait été mariée légalement et bénéficie d’une pension – qui est très souvent malheureusement insuffisant – ou qu’elle ne l’ait pas été, l’État doit faire en sorte de garantir aux enfants une situation qui leur permette d’être intégrés, parce qu’ils représentent aussi l’avenir du pays », estime-t-il.
Pour tenter d’atténuer cette vulnérabilité, le gouvernement a mis en place le programme filets sociaux productifs, destiné aux ménages les plus fragiles. Chaque foyer bénéficiant reçoit une allocation trimestrielle de 36 000 francs CFA, sur une période de trois ans. À ce jour, plus de 500 000 familles ont été soutenues à travers le pays.
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