De Prades aux patinoires slovaques, le gardien catalan s’est forgé un parcours d’exil et de résilience. À 27 ans, Julian Junca s’impose comme l’un des visages forts du hockey français, ambitieux et sans complexes à moins d’un mois de l’ouverture des jeux Olympiques d’hiver.
Né à Prades, scolarisé à Bourg-Madame, résident à Puigcerdà, Julian Junca garde profondément en lui ses racines catalanes. “Je passe tous mes étés en Cerdagne depuis toujours”rappelle ce célibataire au cœur tendre, qui a quitté son département natal à 13 ans pour le sport-études de Briançon. Un baroudeur des temps modernes, athlète de haut niveau forgé par l’exigence et l’audace, qui s’est donné les moyens de réussir, entre sacrifices personnels, choix risqués et osés, et un travail de tous les instants jusqu’à frapper les portes de l’équipe de France de hockey.
Dernier rempart des Bleus, Julian Junca incarne cette génération de gardiens français qui n’a plus froid aux yeux. À 27 ans, le portier tricolore affiche un parcours de combat, bâti dans la durée et l’adversité, fait de patience, d’exils formateurs et de performances décisives, jusqu’à s’imposer comme une valeur sûre du hockey européen. Formé au club du CG Puigcerdà, avant de filer à Briançon, Junca apprend très tôt la rudesse du haut niveau. Lancé en Ligue Magnus dès la saison 2015-2016 avec les Diables rouges, dans un contexte sportif, il forge son mental au cœur délicat des tempêtes. Grenoble affine ensuite sa technique, Bordeaux l’aguerrit à l’ombre de Clément Fouquerel, avant que Gap ne devienne son véritable terrain d’expression.
Dans les Hautes-Alpes, il s’impose comme titulaire, frôle un titre en Coupe de France à deux reprises et décroche, en 2023, le trophée Jean-Ferrand récompensant le meilleur gardien du championnat. Ces performances lui ouvrent grand les portes de l’étranger. Après un passage en Amérique du Nord, notamment aux Tulsa Oilers en ECHL, l’antichambre de la NHL, où il affiche plus de 90 % d’arrêts et découvre même l’AHL avec Chicago, le Catalan a choisi la Slovaquie pour poursuivre sa progression.
À Michalovce, il signe une première saison solide, marquée par 34 apparitions, trois blanchissages et une constance qui tient les convoitisées. Désormais, c’est à Dukla Trenčín, club historique du championnat slovaque, que le numéro 33 aborde un nouveau défi avec ambition. Il est le seul représentant français à évoluer dans ce championnat. Là, il retrouve une connaissance : Peter Cosa, entraîneur des gardiens du club vieille slovaque, qui a joué à Font-Romeu. “J’ai quelqu’un qui parle français avec moi et ça facilite la vie quand même”confie-t-il. “Je suis parti de la maison à 13 ans. Ça fait partie du jeu et, quand je vois où je suis aujourd’hui et les expériences que je vis, je ne peux rien regretter”témoigne le Franco-Espagnol, né d’une maman française native d’Ur et d’un papa espagnol.
Le hockey est le sport numéro un à Puigcerdà
Mais pourquoi choisir le hockey au pays des deux rugbys ? Et pourquoi gardien de mais ? “C’est le sport numéro un à Puigcerdà et, à 4 ans, je me suis retrouvé sur les patins”explique celui qui ne pensait pas un jour se retrouver à garder les cages. “À 8-9 ans, j’étais un joueur de base et, à tous les tournois, on tournait pour passer aux cages avec Puigcerdà, parce que personne n’y voulait aller. Quand ça a été mon tour, j’y suis allé et mon coach m’a dit : “OK, c’est maintenant toi qui seras le gardien de l’équipe.” Depuis, je n’ai plus quitté l’équipement.”
Présent lors des trois derniers Championnats du monde, Julian Junca a définitivement changé de statut. Il n’est plus seulement un espoir, mais un gardien de référence. Calme, travailleur et déterminé, il avance avec une conviction intacte : continuer à grandir, gagner en expérience et mener ses équipes, en club comme en sélection, le plus loin possible. “Les JO, c’est un rêve d’enfant, celui de toute une vie qui s’accomplit. Comme tout le monde, les Jeux, ce sont des souvenirs en famille devant la télé, l’été comme l’hiver. L’engouement qu’il va y avoir et la découverte de l’environnement, c’est tellement de fierté et de sacrifices qui sont récompensés avec cette sélection”témoigne le gardien qui n’a pas froid aux yeux. “Quitte à aller aux JO, autant affronter les meilleurs : la Suisse, vice-championne du monde ; la Tchéquie, championne du monde en titre ; et le Canada, qui est au volley ce que sont les Américains au basket.”
Le rugby et le hockey sont deux sports qui se rapprochent
Et puis, impossible de clôturer les présentations sans passer par la case rugby, puisque ce gaillard d’1,95 m pour 97 kg ne renie pas ses racines ovales. “Ce sont deux sports qui se rapprochent par leur engagement et leurs valeurs. Quand je jouais à Bordeaux, il y avait beaucoup de relations avec les joueurs de l’UBB, dont Sébastien Taofifénua”explique le petit-fils d’Henri Moner. “Mon grand-père a fait ses classes à l’USAP jusqu’en junior et il est à fond, aujourd’hui encore, derrière son club.”
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À l’heure de rejoindre l’Italie avec l’équipe de France pour une étape décisive avant l’entrée en poux face aux cadors mondiaux, Julian Junca symbolise une ambition nouvelle. Celle d’un hockey français qui n’avance plus à pas feutrés, mais assume désormais de regarder les géants droit dans les yeux, portés par des gardiens qui ne reculent devant rien.

