SAINT-CÔME | On peut sortir le gars de la mécanique, mais on ne peut sortir la mécanique du gars, comme le veut la formule métaphorique qui s’adapte à tout. C’est justement en démarrant un moteur au diesel après un événement marquant l’été dernier et en assemblant ensuite un coffre à outils flambant neuf sur les pentes qu’Elliot Vaillancourt a réussi à poinçonner son billet pour les Jeux olympiques.
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Le brillant étudiant en génie mécanique de l’Université Laval fait partie des sept skieurs et skieuses acrobatiques de la formation des patrons qui s’envoleront pour l’Italie très bientôt. L’équipe nationale en a fait l’annonce cet après-midi.
Il y a un bail que Vaillancourt rêve aux Jeux. En 2018, il faisait encore partie de l’équipe nationale de développement en cumulant les victoires et les podiums. Il visitait les Olympiques à Pékin, mais une commotion cérébrale au mauvais moment a changé les plans.
Des résultats en dents de scie depuis 18 mois n’étaient pas suffisants pour assurer sa participation à Milan. À l’échelle de la Coupe du monde à Saint-Côme il y a deux semaines, rien n’était encore garanti dans une saison plombée par les annulations d’épreuves sur le circuit. Mais il ne s’en faisait pas outre mesure. Celui qui a réussi deux podiums en 2024 savait où il allait.
Expérience unique à Montréal
Et ce chemin vers les Jeux, il l’a réellement entamé en mai dernier. Figure parmi les athlètes ayant des chances de se retrouver à Milan-Cortina, Vaillancourt avait été invité au laboratoire olympique du Comité olympique canadien, organisé à Montréal.
Entouré d’athlètes aguerris comme Mikaël Kingsbury, Laurent Dubreuil et compagnie, le skieur a baigné l’instant de quelques jours dans l’univers olympique. Une drogue…
«On nous explique comment fonctionne cet univers. On discute entre nous. On a envoyé l’air olympique qui est différent. Et je l’ai aimé. Ça donne le goût d’y aller et de faire tout ce qui est possible pour y être, a expliqué Vaillancourt. Je suis sorti de là gonflé à bloc, prêt à attaquer l’entraînement estival.»
«C’était organisé au bon moment, pas trop tôt et pas trop tard. Je suis sorti de là en me disant que c’était dorénavant une opportunité que d’aller aux Jeux. Ce n’était pas une pression.
«Ce lab m’a rendu plus serein. Il m’a permis d’établir des objectifs clairs et précis. Je suis mon chemin dans le plaisir, car il n’y a rien à perdre, mais plutôt tout à gagner.»
Nouvelle motivation
Vaillancourt n’est pas viré fou pour autant. Comme une pièce devant un aimant, il s’est rapproché peu à peu de ses objectifs personnels au fil des mois menant à l’Italie. Plutôt que d’y voir un sprint, il y a vu un marathon de 10 mois.
«J’ai démarré la machine roulant au diesel en juin et elle n’a pas arrêté de rouler depuis, a imagé avec plaisir le skieur. Je suis resté constant. Il ya eu des hauts et des bas, sauf que je n’ai pas traversé de moment de démotivation comme par le passé.»
Très analytique et critique de ses performances, il a décidé de décortiquer ses descentes et de s’attaquer à une seule fois choisie à la fois. «C’est plus motivant, at-il assuré avec le sourire. On a des objectifs précis fondés sur des raisons précises.
«Je dois rester connecté dans le présent, utiliser mes beaux nouveaux outils que j’ai développé et mis dans mon coffre neuf en acier inoxydable au lieu d’utiliser mon vieux coffre rouillé. Avant, j’essayais de régler le cancer en une descente. Tout allait trop vite et la commande était trop grosse en imposant de tout corriger. C’était donc difficile de s’améliorer.
« Là, on a progressé sans cesse avec de petits objectifs quotidiens. »
Passer au turbo
Ceux-ci lui ont permis de finalement mériter le billet qu’il souhaite depuis près d’une décennie et vivre son rêve olympique.
Une fois sur la pente bosseuse de Livigno cependant, le féru de mécanique devra saisir ses nouveaux outils et bizouner dans son moteur diesel pour enclencher le turbo dès les qualifications du 10 février.
Dix Québécoises et Québécois
Vaillancourt accompagnera Mikaël Kingsbury et Julien Viel sur la piste de Livigno. Chez les femmes, les Québécoises Laurianne Desmarais-Gilbert et Ashley Koehler s’ajoutent à Maïa Schwinghammer et Jessica Linton.
La formation aux sauts sera entièrement québécoise puisqu’Alexandre Duchaine, Miha Fontaine, Lewis Irving, Émile Nadeau et Marion Thénault représenteront le Canada.
En Slopestyle, Olivia Asselin, Dylan Deschamps, Naomi Urness sont également qualifiées pour les Jeux.




